Les plans sur la comète de la politique climatique
Les Chambres fédérales délibèrent actuellement de la nouvelle loi sur le CO2. Celle-ci doit prendre début 2013 la relève de la loi existante, qui met en œuvre le protocole de Kyoto, et établir le nouveau régime climatique suisse jusqu’en 2020. Etant donné qu’il n’existe pas de cadre international ferme pour la période 2013 à 2020, la politique suisse est induite à faire cavalier seul, approche coûteuse et n’apportant pas grand-chose au climat.
Tandis que, dans l’ensemble, le projet du Conseil fédéral se tenait, les Chambres fédérales s’aventurent sur le terrain de l’illusoire.
Selon les règles actuelles de Kyoto, qui devraient aussi valoir pour la nouvelle période d’engagement, les pays industriels peuvent remplir jusqu’à 50% de leurs obligations de réduction par le biais de mesures réalisées dans d’autres pays. Ce choix est opéré notamment lorsque les coûts par tonne de CO2 réduite sont fortement moindres dans l’autre pays que chez soi. Ceci est typiquement le cas dans des régions présentant un approvisionnement énergétique vétuste ou peu développé.
Dans le cadre de Kyoto, la Suisse utilise elle aussi ce mécanisme qui a fait ses preuves: des 4 millions de tonnes de CO2 par an environ que nous devons émettre en moins par rapport à 1990, environ la moitié est assurée par des réductions d’émissions à l’étranger.
Le Conseil fédéral veut donc maintenir la possibilité de mesures à l’étranger pour l’objectif de réduction de 20%. Ce n’est pas le cas du Parlement. Les deux Chambres ont rayé cette possibilité de la loi. Elles souhaitent voir réalisé l’objectif de réduction exclusivement en Suisse. Ceci préfigure un isolement et une restriction auto-imposés en matière de politique climatique, une solution sur laquelle n’a misé aucun des signataires de Kyoto.
L’objectif tout à fait illusoire d’une compensation entièrement domestique ne pourrait être atteint que si la consommation d’énergie changeait profondément. Il faudrait convaincre les gens de consentir des renoncements, en particulier dans le domaine de la mobilité. Plus l’objectif est ambitieux, plus les mesures sont sévères!
Le Conseil des Etats s’est maintenant lui aussi prononcé en faveur de la mesure la plus drastique – la taxe sur le CO2 appliquée aux carburants. Il prévoit une taxe d’environ 30 centimes/litre sur l’essence et l’huile de diesel. Selon des calculs antérieurs de la Confédération, un prix du carburant de 3 à 5 francs/litre nous mènerait sur la courbe de réduction réclamée par la CEATE. Ceci est nettement trop élevé pour les consommateurs. Et la taxe actuellement prévue par le Conseil des Etats ne serait donc de toute façon qu’une goutte d’eau dans la mer.
La Suisse ferait bien de repenser sa stratégie climatique et de l’aligner sur la politique énergétique nationale et internationale. A la suite des événements tragiques survenus au Japon, cette dernière a été profondément ébranlée.
Croyant en l’électrification progressive du secteur de l’énergie, la politique suisse se retranche de plus en plus derrière la prémisse d’une production exempte de CO2 d’électricité, et donc aussi d’énergie. Cette croyance erronée est dépassée au plus tard depuis la suspension des demandes d’autorisation générale pour de nouvelles centrales nucléaires.
Si la Suisse se réoriente en matière de production d’électricité, elle doit trouver des solutions pour remplacer l’énergie nucléaire. Une possibilité: les centrales à cycle combiné au gaz, qui émettent cependant beaucoup de CO2 et alourdissent donc le bilan carbone suisse. Autre option: des importations d’électricité, qui présentent deux inconvénients. Premièrement, elles sont coûteuses, et en raison des goulets d’étranglement qui s’annoncent à l’échelle européenne les prix de l’électricité vont augmenter à moyen terme. Deuxièmement, dans le domaine de l’électricité se pose toujours la question de savoir comment celle-ci est produite. Abstraction faite de l’énergie nucléaire, ébranlée, seules des centrales à charbon et à cycle combiné au gaz sont à même de produire des quantités importantes d’électricité.
Il serait temps de mettre fin aux plans sur la comète et de développer des stratégies climatiques réalistes et étroitement liées à la politique énergétique. Nous sommes malheureusement en droit de douter que la volonté en soit présente en cette année électorale.